Œuvres et fontes: usages

Quelques réflexions récentes à propos des limites de l’usage des fontes numériques.

Définitions

  • Glyphes (glyphs): Représentation visuelle d’un caractère Unicode. La lettre A est un caractère ayant une valeur Unicode unique, le A avec paraphes est une variante du premier. Chacun d’entre-eux sont des glyphes, mais représentent tous un caractère Unicode identique, le A
  • Caractère typographique (typeface): juridiquement c’est la création, l’œuvre qui n’a pas de support, mais des supports d’expression. Cette œuvre est par extension une idée, pas un objet.
  • Fonte numérique (digital font): représentation, expression de l’œuvre, pas l’œuvre elle-même. D’après Fontes & codages, le terme fontes doit-être employé pour des raisons de cohérence logique avec la notion de caractères Unicode (introduction, page 1). Une fonte est un récipient de glyphes (page 14).
  • Police de caractères (…): c’est la liste des signes et glyphes contenus dans une fonte. L’étymologie défini clairement: Ensemble des règles à suivre: Ordre, règlement établi dans un État, dans une ville, pour tout ce qui regarde la sûreté, la tranquillité et la commodité des citoyens, des habitants. Par ailleurs, la police d’assurance est le document contractuel qui régit les relations entre la compagnie d’assurance et l’assuré, pas l’assurance elle-même.
  • Créateur de caractères (typeface designer): il y a acte de création, de design. Dessinateur est trop restrictif.

Licences

La licence contemporaine couvre l’usage des fontes numériques qui découlent de l’œuvre. Les utilisateurs ne possèdent à aucun moment l’œuvre mais une représentation/expression avec une autorisation d’usage illimité dans le temps, pour tous sujets, tous pays, souvent supérieur à la majeur partie des licences littérature, images, son, video…

La limite de la licence est généralement lié au support numérique choisi par le créateur: Format de fontes .otf par exemple. Le créateur de l’œuvre préfèrera ce format car il permet une reproduction fidèle de son travail. Il sera contre une transformation de ce format vers un autre car il pense que cela peut détruire et dénaturer l’œuvre, par exemple le format TrueType. Il sera dans certains cas contre la conversion vers le Woff, même si son adhésion est complète vis-à-vis de ce format; car il pense que ses créations prévues au départ pour des supports imprimés ne fonctionnent pas idéalement en affichage écran. C’est pour cela qu’il apprécie la valeur ajouté des services tel Typekit qui potentiellement offrent un avantage technique qui lui permettra d’offrir des mises jours de manière globale. De plus, dans certains cas les petits revenus générés lui permettrons d’envisager de consacrer quelques semaines/mois à l’optimisation de l’affichage écran des versions TrueType.

Un vieux concept

Le concept de fonte numérique a été imaginé par les fabriquants de logiciels qui n’ont (sans doute?) pas prévus que les fontes étaient des créations, pas juste des outils permettant de composer du texte (loi américaine?…). Les fontes sont souvent nues dans certains dossiers sans possibilité de les associer à un usage, uniquement à un ordinateur, une station, un poste de travail. Un contre-sens vis-à-vis de l’usage qui voudrait les associer à un projet particulier comme les images, textes, etc. De fait sans limite autre que le poste de travail, l’usage des fontes n’est pas sans limite. La limite se repose le nombre de postes jamais sur l’usage. Grace aux nouvelles technologies cette manière d’aborder le problème change. Typekit permet par exemple de faire payer à l’usage et plus le nombre de poste. C’est une lente révolution pour les usagers comme pour les créateurs.

Un caractère typographiques est une valeur ajoutée importante pour la communication des entreprises, qui via les agences, qui ont également compris que coût engendre valeur: La conception de caractères sur-mesure se porte bien en France.

Revenons aux licences: L’histoire n’est pas finie, mais le créateur de caractère que je suis se retrouve souvent dans la situation du petit producteur agricole face aux géants de la distribution, je pense aux agences de communication cotées en bourse pour prendre un bouc émissaire d’une manière simpliste et rapide. Je dis cela car combien d’identités visuelles reposent leur image sur le choix d’un caractère typographique + une couleur ou presque, revendues chères (normal le travail de recherche reste important, les application nombreuses). Et ce caractère typographique, symboliquement au cœur de cette image de marque, payé le prix d’une licence de base (moyenne de 20–70 euros la fonte) est revendu une fois les couleurs associées: des milliers d’euros? Juste parce que cette fonte employée a été “vectorisé” (merci Adobe illustrator) pour ce logo revendu; repensez un instant à nos petits producteurs agricoles face aux géants de la distribution.

Une prise en compte de ce contraste “petits créateurs — gros diffuseurs” est nécessaire, une évolution des licences vers le règlement à l’usage est indispensable.

Jean François Porchez, 7 February 2011

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